Technique

Pour ne plus travailler à l'aveugle

Clément FRANIATTE de l’EARL du Toulon à Lixière-Belleau (54) et Jérémy SAUVAGE de l’EARL de Boyer à Manoncourt-en-Woevre (54) témoignent.

Témoignage de Clément FRANIATTE

L’exploitation :

EARL du Toulon à Lixière-Belleau (Meurthe-et-Moselle)

1,5 UTH : Clément Franiatte et sa compagne à mi-temps

Reprise derrière son père depuis 5 ans

60 à 70 vaches à traire

SAU 120 ha dont 30 ha de maïs, 40 ha de céréales, et le reste en prairies naturelles et temporaires

« Notre système est en mutation avec désormais des vêlages plus précoces »

« Nous sommes en climat continental avec une pluviométrie annuelle d’environ 550 mm. Les sols sont argileux mais nos pâtures sont sèches car tout a été drainé sur le territoire. Un travail sur l’amélioration de la qualité des prairies des vaches a été engagé avec Alexandre mon conseiller. Les paddocks ont été aménagés afin de dynamiser davantage le pâturage tournant. L’objectif est plutôt atteint aujourd’hui avec une bonne qualité d’herbe sur pied. La seule limite est qu’arrivé en juin il n’y a plus trop d’herbe sauf en année atypique comme 2021.  Nous visons un temps de retour de 3 semaines mais celui-ci est difficilement tenable. Nous sortons les vaches de début avril à tard dans la saison. Tant que ça porte les animaux restent dehors, même les génisses. Nous étions auparavant en vêlage 3 ans, nous visons le vêlage 24 mois mais nous n’y sommes pas encore. Les génisses ne sortent désormais que la deuxième année quand elles sont pleines. La ration est aujourd’hui à dominante ensilage de maïs mais le rendement n’est pas au rendez-vous et l’aliment est cher ainsi nous avons pour objectif à terme de partir sur une ration 50% herbe – 50 % ensilage de maïs.

« Le TCE est aujourd’hui à risque dans notre élevage »

Avant le temps de contact effectif (TCE), temps durant lequel les génisses peuvent être en contact avec les strongles pour développer une immunité, était bon car les vêlages étaient tardifs et le rendement en herbe était meilleur : les génisses de 1ère année passaient après la fauche mais aujourd’hui ce n’est plus le cas il n’y a plus de repousses. Le TCE n’est plus suffisant et demeure désormais inférieur à 8 mois. De plus, nous sommes obligés d’affourer les génisses l’été à cause de la sécheresse pendant 3 mois environ.

Mon père traitait les génisses et les vaches exclusivement avec un produit antiparasitaire à base de plantes à l’entrée en bâtiment suivi d’une cure d’hépato protecteur + oligo-éléments. Il n’y avait pas forcément de symptômes sur les génisses mais il y avait à côté de cela des problèmes de repro (métrites…) c’est pour cela que des protocoles avaient été mis en place. Il s’est avéré que le problème ne venait pas de là. L’objectif aujourd’hui est de ne plus travailler à l’aveugle c’est pour cela que nous avons réalisé des analyses Ostertagia l’an dernier. C’est la même chose dans les champs nous faisons des analyses de sols pour comprendre les potentiels de rendement et adapter les rotations. Nous avons peu de place et peu d’hectares il faut que les performances laitières soient au rendez-vous et j’ai la volonté de faire évoluer notre système dans le bon sens. L’analyse Ostertagia dans le lait n’est pas chère par rapport aux économies que l’on peut potentiellement faire d’autant plus dans le contexte actuel d’envolée des charges. C’est mon conseiller qui m’a parlé que cette analyse existait. L’an dernier a été très humide donc il m’est apparu d’autant plus important de réaliser une analyse. Alexandre m’a dit que je n’avais rien de plus à faire, cela s’est fait à l’occasion du contrôle de performances par Aurélie Vautrin ma secrétaire d’élevage l’hiver dernier, a priori le meilleur moment pour analyser avant de décider de traiter ou non.

Nous avons reçu les résultats par mail. Les niveaux d’exposition étaient assez élevés pour les différents lots. Alexandre m’a accompagné pour l’interprétation des résultats. Nous avons retardé le traitement pour traiter en connaissance de cause les animaux sortis et là ça valait le coup de traiter pour ne pas dégrader la productivité des vaches.

Cette année a été plus sèche mais le pâturage a été plus sévère donc il y a potentiellement eu un risque de contamination. D’autre part vu qu’il n’y a pas toujours de symptômes cela reste utile de dépister. Par ailleurs l’analyse nous permettra de suivre le changement de notre système avec des génisses qui ne sortent plus depuis quelques années en 1ère année, dans l’attente de pouvoir emblaver plus de surfaces en herbe ce qui est notre objectif.

Témoignage de Jérémy SAUVAGE

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