
Technique
Comment réussir un sursemis

Le sursemis vise à renforcer ou à compléter la flore d’une prairie tout en maintenant la flore initiale en place et en production. Cette technique est intéressante dans les prairies dont la flore est dégradée et/ou comportant des vides. Voici les clés pour mettre toutes les chances de votre côté pour le réussir.
La réussite d’un sursemis est aléatoire car elle dépend :
- surtout des conditions climatiques (température, humidité, luminosité),
- de la flore en place (ex.: les agrostides possèdent des propriétés anti-germinatives sur les plantes voisines),
- des espèces et variétés sursemées,
- de l’importance des vides,
- dans une moindre mesure, de la technique de sursemis.
Il s’agit en fait d’une course de vitesse entre l’installation de la nouvelle flore et le redémarrage de la flore initiale. Les variétés semées doivent être très agressives et compétitives et la flore initiale freinée par une coupe rase, des conditions climatiques momentanément défavorables, un passage de herse agressif…
En théorie, une intervention peut être envisagée lorsque que le couvert comporte au minimum 10 % de sol nu, ce qui correspond sur 1 m2 à des vides équivalents à la surface d’une assiette ou d’une grosse bouse. Mais en pratique, on se rend compte que la surface de sol nu doit être nettement plus large pour limiter au maximum le risque d’échec. Elle doit être réalisée avant que les vides ne soient comblés par des espèces non souhaitées.
La réussite d’un sursemis est largement influencée par les conditions climatiques intervenant après sa mise en œuvre. Des conditions arrosées favorisent une germination rapide des espèces sursemées. A l’inverse, une période de sécheresse après le sursemis est un facteur d’échec.
L’accès à la lumière des jeunes plantules est essentiel ; il faut agir sur une végétation rase avant le démarrage de la végétation, après un pâturage ras ou après une fauche.
Comment procéder?
Préalablement au sursemis, une pulvérisation de glyphosate peut être envisagée à faible dose (0,3 à 0,5 l/ha de produit à 360 g/l de matière active) afin de lutter contre le pâturin annuel et de limiter la concurrence des autres espèces en place. Un délai de minimum 15 jours est à respecter entre la pulvérisation et le sursemis.
Il peut être utile d’effectuer un griffage du sol (un à deux passages de herse étrille) afin d’agrandir les vides, de détruire certaines plantes (pâturin commun, pâturin annuel, mouron), mais surtout de générer de la terre fine indispensable à l’implantation des semences.
Choix des variétés
Un sursemis effectué à l’aide d’espèces et de variétés agressives, c’est à dire rapides à l’implantation, permet de maximiser les chances de développement des semences. Certaines variétés de ray-grass anglais (tétraploïdes) et de trèfle blanc (géants riches en acide cyanhydrique) sont très bien adaptées pour le regarnissage des prairies permanentes pâturées.
En prairie temporaire de fauche, le choix s’oriente vers des espèces telles que le ray-grass d’Italie, le ray-grass hybride, le ray-grass anglais ou le trèfle violet. La fléole et le dactyle ne sont pas employés en sursemis car il s’agit d’espèces trop peu agressives.
Le sursemis peut être réalisé soit à la volée (p. ex. herse étrille équipée d’un semoir), soit en ligne à l’aide d’un semoir spécifique (p. ex. Vrédo, Aïtchinson). Le matériel n’a qu’une influence secondaire sur la réussite de l’opération. Le roulage est nécessaire pour assurer un contact étroit des semences et de la terre.
Semis
Le sursemis est réalisé à raison de 10 à 20 kg/ha de semences. Un dosage plus élevé n’est pas un facteur de réussite. Il peut même s’avérer opportun d’effectuer plusieurs sursemis la même année en moindre dosage (p. ex. 2 passages de 5 à 10 kg/ha) afin de multiplier les fenêtres climatiques. Il est utile aussi de disposer en permanence d’un stock de semences à la ferme afin d’intervenir dès que les conditions climatiques sont favorables.
Afin de limiter au maximum le développement du couvert en place et d’éviter que les plantules ne soient étouffées, tout apport d’azote est proscrit, le gazon doit être maintenu ras (5 à 7 cm de hauteur) et les animaux sortis dès que les plantules ont levé. Le pâturage sera de nouveau possible dès le stade 4 feuilles du jeune semis (début tallage).
Quelle est la meilleure période pour sursemer ?
Le sursemis d’une prairie peut être envisagé tout au long de la période de végétation. En année climatique « normale », les périodes les plus propices sont le début du printemps et la fin de l’été. La condition essentielle de succès est la présence de suffisamment d’humidité pendant le processus de germination et une flore en place la moins dynamique possible.
Au printemps, l’intervention est réalisée juste avant le démarrage de la végétation, soit vers mi-mars à mi-avril selon les régions. Trop tôt, le risque de gelées tardives est encore très présent. Trop tard, l’herbage en pleine croissance concurrence les jeunes plantules. On voit la difficulté à réussir le sursemis quand la fenêtre météorologique favorable est aussi étroite.
En plein été, le sursemis est voué à l’échec en période de sécheresse (risque de dessèchement du lit de semis). Fin de l’été, entre fin août et début septembre, les conditions hydriques redeviennent en principe favorables, les jeunes plantules sont moins concurrencées par la végétation en place et par les levées spontanées de graines présentes dans le sol. Trop tard, il y a un risque que les plantules soient détruites par le gel. Le trèfle blanc par exemple doit avoir atteint le stade 3 feuilles, les graminées le stade 4-5 feuilles. La fenêtre climatique est cependant plus large qu’au printemps, surtout si les hivers deviennent de plus en plus doux.
Jean-Paul ROMANO, Expert Fourrages Seenorest – 06 47 84 26 08


