Technique

Quand l’autonomie se décline en santé animale

Clémentine Zenner et Hubert Basse, frère et sœur, sont installés à Bonzée en Woëvre (Meuse), sur une exploitation de polyculture/élevage. Leur SAU de 130 ha comporte 70 % d’herbe : cette sole majoritaire en prairie les conduit à travailler en favorisant au maximum l’autonomie. Ainsi, leur troupeau de 70 vaches Prim’Holstein à plus de 9000 kg de niveau étable, se voit complété depuis l’année dernière d’un troupeau de Charolaises et de Hereford qui a pour objectif de valoriser l’herbe présente sur la structure.

Il y a plusieurs années, Clémentine s’est formée, à titre personnel, à l’homéopathie et, convaincue de l’intérêt de réduire l’utilisation des antibiotiques également dans le monde de l’élevage, elle s’est formée aux médecines complémentaires pour les animaux. En parallèle de cette philosophie, l’éloignement géographique des vétérinaires et leur manque de disponibilité, ainsi que le tarif des produits allopathiques (antibiotiques, anti-inflammatoires…), ont été autant d’éléments déclencheurs de cette transition.

Depuis, Clémentine soigne la majorité des mammites, diarrhées, problèmes de toux et suites de vêlages avec des produits à base d’huiles essentielles. Elle s’est formée pour utiliser ces médecines en toute sécurité, pour elle et pour les animaux. Pour soigner leur troupeau, l’éleveuse préfère l’aromathérapie que l’homéopathie. Elle nous explique pourquoi : « en homéo, il existe beaucoup de remèdes différents pour une même pathologie, selon les symptômes exprimés. Je ne suis pas assez formée sur ce sujet, alors que les huiles essentielles s’apparentent plus aux médicaments classiques (comprenez allopathiques) : une pathologie, un produit ».

L’hiver 2021-2022 a été compliqué concernant les veaux. A la fin de la période des vêlages groupés (l’ensemble du troupeau vêlant entre septembre et décembre), de nombreux veaux ont déclenché des diarrhées. Dépassée par l’ampleur du problème, Clémentine a réalisé une expérience. Elle a formé deux lots : un premier qu’elle a traité uniquement avec des antibiotiques et un second qui a reçu des antibiotiques et des produits comprenant une base d’huiles essentielles (thym / origan / basilic tropical / tea tree / cannelle / girofle). Cela lui a permis de se rendre compte que le lot n° 2 a récupéré plus vite que le lot n° 1. A petite échelle, cette expérimentation correspond aux retours d’expériences observés par les Groupements Techniques Vétérinaires : statistiquement, il y a une synergie entre les huiles essentielles et les antibiotiques.

Les veaux du GAEC du Bois Huon souffrent peu de problèmes de toux, ce qui n’a pas empêché Clémentine de miser encore plus sur le préventif en installant des diffuseurs passifs d’huiles essentielles (« aromathérapie informationnelle »). Elle nous confie : « j’ai installé de simples morceaux de bois accrochés aux barrières des cases des veaux, que je recharge avec des huiles essentielles selon les symptômes exprimés par les veaux (eucalyptus globuleux, ravintsara ou cyprès toujours vert). Selon si leur toux est sèche ou grasse, je choisis une huile différente ».

Les médecines complémentaires ne s’arrêtent pas à l’aromathérapie. Par exemple, Clémentine utilise régulièrement du vinaigre de cidre en cas de diarrhées alimentaires et réalise des cures d’argile blanche pour les veaux, toujours pour les diarrhées. Elle s’est également initiée à l’ostéopathie cet hiver.

Et qu’en pense son associé ? « Il a toujours été très ouvert même si au départ, il m’appelait la sorcière » se souvient Clémentine en souriant. « Aujourd’hui, il utilise l’aromathérapie et apprécie quand ça sent bon les huiles dans le bâtiment. Economiquement, il n’y a pas photo : pour soigner une mammite, j’ai chiffré le traitement dans les 20 € avec des antibiotiques, contre 5 € pour un produit à base d’huiles essentielles ».

Clémentine conseille de se former et de tester chez soi. « Je pense que beaucoup d’éleveurs vont finir par utiliser ces médecines, avec l’objectif de réduire les antibiotiques. Il y a de plus en plus de monde qui souhaite tester. Il faut se former pour ne pas faire n’importe quoi, mais aussi pour profiter de la synergie de groupe. Avoir des voisins qui utilisent déjà ces méthodes, c’est rassurant car on peut échanger entre nous. Quand on se retrouve tout seul chez soi, c’est difficile : travailler à plusieurs sur le même sujet, c’est mieux et ça donne envie de continuer ! ».

Pour accompagner les éleveurs sur les médecines complémentaires, Seenorest propose des formations collectives et des audits individuels. Apprendre à observer différemment son troupeau, privilégier le préventif et utiliser en toute sécurité les médecines complémentaires de façon à respecter la réglementation, cela fait partie des axes proposés dans la démarche Natur’Elevage®, portée par Seenorest.

 

Nadège GODFROY – consultante agroenvironnement SEENOREST

 

 

Retrouvez ci-après, 2 nouvelles fiches sur les médecines complémentaires pour compléter celles du 10/01

Les argiles                                          Les problèmes respiratoires